Julien Letartre de CAP : « Créer une maison de la France à Lisbonne »
Julien Letartre, tête de liste des « Citoyens au Portugal »
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Julien Letartre est le candidat tête de liste des « Citoyens au Portugal » (CAP), liste qui se revendique apolitique, « car la politique divise alors que la communauté a besoin de s’unir ». S’il est élu Conseiller des Français de l’étranger lors du scrutin du 30 mai prochain, il veut travailler main dans la main avec les associations françaises déjà existantes et souhaite créer la Casa France, un « espace dans lequel les Français du Portugal pourront développer des projets utiles à notre communauté et dont l’objectif est de venir appuyer et compléter le travail des associations ».

Pourquoi êtes-vous candidat aux élections consulaires ? Quelles sont vos motivations ?

J’ai découvert le Portugal il y a 25 ans exactement en venant y faire une coopération. J’y ai rencontré ma femme Yara avec qui nous avons eu quatre enfants. Nous avons vécu au Portugal, en Espagne et en France. Cela fait maintenant dix ans que nous sommes revenus entreprendre au Portugal. Nous avons créé une boulangerie-pâtisserie à la française qui emploie aujourd’hui 60 personnes. Cette aventure entrepreneuriale m’a permis de rencontrer de nombreux Français et d’échanger avec eux. Il n’y a pas une semaine sans que l’un d’eux vienne me parler de ses projets ou de ses difficultés. Et j’y prends beaucoup de plaisir. Parfaitement intégré au Portugal, je garde un fort attachement à mon pays, la France, à son histoire, à sa culture. Je vis parfaitement bien ce double attachement au Portugal qui m’a accueilli, qui est le pays de ma femme, de mes enfants et la France où j’ai grandi, le pays de mes racines. Tout cela m’a donné envie de m’engager pour la communauté, uniquement pour la communauté. Nous avons donc décidé de créer une liste apolitique, car nous pensons que la politique divise alors que la communauté a besoin de s’unir. Ce qui m’anime c’est une vision pour notre communauté. J’aimerais que la communauté française au Portugal devienne une communauté modèle, une communauté qui prend soin des siens, qui accueille les nouveaux arrivants à bras ouverts, qui est intégrée et qui participe à la vie de son pays d’accueil, qui offre à ses jeunes une éducation d’excellence, qui accompagne ses anciens, qui fait rayonner sa culture, sa langue et ses valeurs, qui facilite l’accès au marché du travail ou à l’entrepreneuriat…

Pouvez-vous nous parler des candidats qui composent votre liste ? Comment les avez-vous sélectionnés ?

Cette vision nous sommes plusieurs à la partager et à la porter ! Nous sommes organisés en une liste qui est limitée légalement à sept personnes et en un comité de soutien qui lui est illimité et qui accueille toutes les Françaises et les Français qui souhaitent nous aider ! Notre engagement repose sur un socle de valeurs communes et sur un sens aigu des intérêts de nos compatriotes vivant au Portugal. La liste est composée de Jennifer Génin qui vit avec sa famille à Porto. Jennifer est quelqu’un qui a toujours été engagée dans la vie de la cité. Elle nous apporte son expérience et son énergie. L’an dernier, en pleine crise sanitaire, Jennifer a créé un fil d’information pour informer les Français et en parallèle a permis à des PME portugaises de fabriquer des masques en tissus pour le marché français… Michel Lefrançois nous représente en Algarve. Michel est un retraité hyper actif installé depuis 5 ans avec sa femme à Olhão. Il est très impliqué dans la communauté en Algarve. Michel est en particulier mobilisé sur les thèmes de l’enseignement et notamment celui de la langue française destinée à nos jeunes en vue de la poursuite de leurs études en France, l’aide aux entreprises et aux professionnels français et le soutien aux associations qui nous rassemblent. Mélanie Ribeiro est une belle personne déjà très connue pour sa dimension associative à Lisbonne. Notaire de profession, Mélanie est depuis longtemps impliquée dans les associations de parents d’élèves au Lycée français de Lisbonne. Mélanie est aussi un exemple de Française d’origine portugaise venue se réinstaller au Portugal. Martin Lemerre dirige un cabinet d’architecture. Il est venu s’installer en famille à Porto il y a quelques années. Martin nous apporte sa vision et aussi son énergie. Martin est un homme bienveillant et de conviction, car oui nous pensons que participer à la vie de la cité peut se faire avec bienveillance. Vanessa Simões Gil est Professeur des Écoles au Lycée Charles Lepierre. Vanessa et son mari David, Français d’origine portugaise, ont vécu et enseigné dans le monde entier. Ils ont décidé de poser leurs bagages au Portugal. Vanessa, au-delà d’être une professeur inspirante, est une personne engagée. Enfin, Luis Morgadinho, lui aussi Français d’origine portugaise qui vit à Cascais. Luis est l’heureux papa d’un petit garçon scolarisé au Lycée français de Lisbonne. Luis est spécialiste des différences culturelles entre le Portugal et la France et accompagne ainsi les entreprises françaises qui s’installent au Portugal.

Si vous êtes élu, quelles seront vos principales priorités ?

Ces élections sont importantes, car c’est le seul scrutin qui donne la parole aux Français de l’étranger. Il est extrêmement important que ceux-ci saisissent cette opportunité pour définir ce qu’ils souhaitent pour leur communauté. Si les Français décident de valider notre projet, nous nous y attèlerons sans attendre. Nous proposons d’être des Conseillers des Français de l’étranger qui représenteront fidèlement les Français du Portugal et qui feront effectivement changer les choses. Notre méthode : l’écoute, le dialogue, la proximité sur tout le territoire, l’engagement dans le temps. Nous aurons le souci d’intégrer et de soutenir différentes initiatives au service de notre communauté et de mobiliser largement dans un esprit d’ouverture et de coopération. Ainsi nous avons la volonté de travailler avec les formidables associations françaises déjà existantes. Nous ne ferons pas à leur place, mais bien avec elle et dans l’intérêt de nos compatriotes. En particulier, nous serons attentifs à toutes les problématiques réelles rencontrées ici : l’éducation, la santé, la culture, le social, l’entrepreneuriat, l’emploi, les contraintes administratives. Pour abriter toutes ces initiatives, nous proposons de nous doter d’un toit, de construire une maison, notre maison : la « Casa France ». La Casa France sera aussi virtuelle pour déployer son action auprès de tous les Français vivant au Portugal et ainsi permettre à tous, quelle que soit leur région, d’y avoir accès. La Casa France abritera :

  • une plateforme sociale et sanitaire, joignable par téléphone et animée par un(e) assistant(e) social(e) qui aidera les Français à trouver des solutions concrètes à leurs problèmes;
  • un observatoire de la communauté suivra régulièrement son évolution au Portugal;
  • des cours de français présentiels ou en ligne pour les enfants scolarisés dans le système portugais;
  • les associations existantes qui font un travail formidable pour la communauté et qui souhaiteraient être hébergées;
  • un cowork pour les entrepreneurs, un lieu de rencontre pour les artistes;

La CASA France est conçue pour être un espace dans lequel les Français du Portugal pourront développer des projets utiles à notre communauté et dont l’objectif est de venir appuyer et compléter le travail des associations et l’intervention des services de l’État français au Portugal sans jamais vouloir s’y substituer.

Les deux lycées français à Lisbonne et Porto n’ont pas assez de places pour répondre à la demande croissante. Quelles solutions proposez-vous pour maintenir une éducation en français ?

Mes enfants sont tous passés ou sont encore au Lycée français de Lisbonne. Notre expérience y a été positive. Nous avons toujours trouvé le corps enseignant et l’administration très préoccupés par le bon développement des élèves. Aujourd’hui, la situation financière de l’établissement est inquiétante. Une entreprise qui voit son déficit grandir tout en développant son chiffre d’affaires n’est pas viable à long terme… L’augmentation des frais de scolarité ne me semble pas la solution. Cela a déjà été fait il y a une dizaine d’années avec le résultat que l’on connaît. Une des richesses qu’offrent les Lycées à nos enfants français est la mixité. Nous ne vivons pas à l’étranger pour ne fréquenter que des Français. Il est important que nos enfants vivent avec d’autres nationalités et bien sûr avec des Portugais. Les lycées français sont essentiels pour notre communauté, il nous faut absolument, ensemble, inventer de nouvelles solutions pour rétablir l’équilibre. Mais je pense aussi à tous les parents français qui ont choisi le système portugais. Il est indispensable que notre communauté organise l’enseignement du français pour leurs enfants. Tout enfant français qui grandit au Portugal devrait pouvoir poursuivre ses études en France s’il le souhaite, et pour cela il doit maîtriser le français.

Depuis 2014, le profil des Français au Portugal a changé. Même si la majorité reste des retraités, aujourd’hui un grand nombre d’entre eux sont des actifs. Quelles sont les perspectives pour les Français qui décident d’entreprendre au Portugal ?

C’est une réalité qui me fait particulièrement plaisir ! Je suis arrivé au Portugal pour entreprendre en 2011 et à l’époque nous n’étions pas nombreux à faire ce choix. Aujourd’hui le pays a été découvert et c’est tant mieux. Les entrepreneurs français sont une formidable opportunité pour le Portugal et son économie. Et pour les entrepreneurs français, le Portugal est un pays particulièrement intéressant pour développer une activité. Le Portugal peut être un laboratoire pour lancer de nouvelles idées puis se développer à l’étranger. Cela a été le cas pour mon entreprise qui depuis l’année dernière exporte des produits. Mais je pense aussi à « Jungle », une startup agroalimentaire lancée par deux français au Portugal et qui aujourd’hui se développe à une vitesse incroyable en France.

La crise sanitaire que nous traversons nous rappelle l’importance d’un système de santé efficace. Comment améliorer l’accès d’une couverture santé pour les Français qui souhaitent rester au Portugal ?

C’est un dossier important et complexe pour nos concitoyens. Il y a deux sujets :

L’inscription des Français au système de sécurité sociale portugaise pour accéder au système de soins publics via le formulaire S1. Il est facile de l’obtenir dès lors qu’on est inscrit à la SS ou à la MSA française. C’est la règle intra européenne qui s’applique et attention, car la carte européenne de santé n’est pas valide pour des résidents de longue période au Portugal. L’inscription du conjoint s’il est ayant droit en France de son conjoint est parfois difficile ou longue.

En cas d’urgence, le système public est efficace, sinon c’est long même très long. C’est la raison du recours au secteur privé dont les dépenses ne sont pas prises en charge par la SS portugaise. Il y a beaucoup de complémentaires santé privées qui les couvrent partiellement selon de modalités de prise en charge très différentes de celles qui ont cours en France. Certaines sont chères et même très chères. Sans vouloir se mêler du choix de nos concitoyens, un comparateur de prestations/cotisations serait utile pour s’y retrouver et pouvoir vraiment les comparer notamment en fonction de l’âge. Attention il y en plus un délai à la souscription du contrat et des limites d’âge. Par ailleurs, on peut toujours se faire soigner en France, car on reste adhérent à la SS ou à la MSA française dès lors qu’on cotise sur des revenus en France.

L’an dernier, le gouvernement portugais a modifié le statut du RNH, en accordant une imposition sur les pensions de retraite du privé taxées à hauteur de 10 %. Que pensez-vous de cette mesure qui touche directement un bon nombre de Français au Portugal ?

Le statut RNH a été un excellent moyen pour le Portugal d’attirer de nouveaux habitants à un moment où son économie était dans une passe difficile. Les pays européens ont longtemps fermé les yeux, mais différents pays commençaient à râler fortement. La modification de la fiscalité sur les revenus de retraite des retraités du secteur privé dont le taux d’imposition est passé de 0% à 10% ne touche que ceux qui ont obtenu le statut RNH en 2021, pour ceux qui l’avaient obtenu avant il reste à 0% pendant 10 ans. Ce n’est pas une modification de fond du statut RNH, c’est une adaptation du taux de la fiscalité que l’on peut considérer comme restant un régime fiscal très avantageux. Cet impôt participe à financer les dépenses de l’État portugais qui nous accueille et qui a fait de gros efforts, avant le Covid19, pour réduire sa dette qui était très élevée. En outre, on ne s’installe pas au Portugal qu’au motif d’une fiscalité avantageuse…

Retrouvez toutes les informations de la liste « Citoyens au Portugal » sur leur page Facebook.