Avec Arquívos, Julie et Anthony apportent leur touche vintage à Lisbonne.
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Récemment installés au Portugal, les deux bretons ont ouvert en mai dernier leur boutique de vêtements et d’accessoires de seconde main, dans le quartier de São Bento.

Texte et photos Emilie Gouband

Difficile de passer à côté de cette nouvelle adresse située dans la petite rue de Santo Amaro, menant au jardin d’Estrela. La vitrine d’Arquívos interpelle d’emblée les amateurs de style. Et pour ceux qui ne l’auraient pas repérée au premier coup d’œil, Gianni alias Gigi, adorable teckel miniature, monte fièrement la garde sur le pas de la porte. Comment résister à l’envie de s’arrêter ?

Cette boutique est le fruit du travail de Julie Nobrega et Anthony Bogas Da Costa, un couple de trentenaires originaires de Rennes. Elle est l’aboutissement d’un projet qui a commencé à germer en 2020.
Jusqu’alors, Julie, acheteuse pour le groupe METRO, vivait à Paris et Anthony, directeur d’un bar/restaurant/vinyle shop, à Rennes. Après avoir goûté à la vie à deux lors du premier confinement, les tourtereaux ne se voyaient pas revivre loin l’un de l’autre. L’envie d’un nouveau départ les démangeait depuis un moment et le Portugal s’est imposé comme une évidence (le père d’Anthony était portugais et la mère de Julie l’est également).

Julie, qui a toujours consacré une grande partie de son budget à ses tenues, s’est prise de passion pour les friperies quand elle habitait à Paris : « J’y ai dégoté quelques pépites qui me suivent toujours aujourd’hui et qui restent dans un parfait état après des années ». Anthony, lui, a d’abord été chineur de disques, d’objets et de meubles avant de commencer à s’intéresser aux vêtements de seconde main au cours d’un voyage à Londres.
Ensemble, ils ont étudié le marché du vintage à Lisbonne lors de plusieurs déplacements. Ils ont remarqué que ce secteur était encore très peu développé ici et qu’ils tenaient le bon créneau.

Installation et démarches


Amoureux du calme et de la nature, ils ont posé leurs valises à Caparica en février 2022, accompagnés de leur teckel, encore bébé. « Nous avons opté pour les landes portugaises à 500 mètres de l’océan et à 20 minutes de la capitale. Pour nous, c’était le meilleur compromis plaisir/travail », expliquent-ils.

La deuxième étape ? Trouver un local dans le centre de Lisbonne. « Nous avons visité quelques lieux, puis, un ami qui à déjà plusieurs commerces à São Bento nous a prévenu que cet espace de 55 mètres carrés était disponible en location. Nous savions que ce quartier était en pleine expansion, avec une grosse communauté d’expatriés : un détail important pour les périodes creuses et sans touristes, la culture de la seconde main étant encore rare dans les mœurs des portugais. Nous n’avons pas hésité longtemps », confie Anthony.

Les démarches administratives furent relativement aisées pour nos deux acolytes qui ont réunit les papiers et ouvert leur activité en une semaine : « La création d’entreprise n’est pas compliquée en soit même s’il faut s’armer de patience car les administrations portugaises sont engorgées (plus de 7h d’attente). Il suffit d’avoir un NIF (numéro d’identification fiscale), un comptable et une adresse pour le siège de la société. Nous avons réglé 300€ pour le service Empresa na Hora et préparé l’ouverture du compte bancaire à l’avance car, une fois la société créée, vous n’avez que quelques jours pour le faire ».


Dès qu’ils ont obtenu les clés du magasin, Julie et Anthony ont présenté les lieux à Gigi. « Elle savait déjà se tenir car nous l’avons éduquée dès le début et elle est très bonne élève. Mais nous avons commencé à lui apprendre à ne pas passer la porte, à ne pas aboyer sur les inconnus, etc. C’est un travail quotidien mais elle est très intelligente… et un peu gourmande (merci les friandises !) ». En quelques mois, elle est devenue la mascotte de la boutique.

Pour aménager l’espace, le couple a fait appel à Ludovic Charmot (@ludo_works), un français travaillant le bois et le fer, installé à Lisbonne depuis plus de trente ans. « Nous avions les idées et il nous a aidé à les concrétiser. Il a vraiment été de bon conseil, notamment pour mettre en valeur cette belle hauteur de plafond », se réjouit Anthony. La boutique a ouvert ses portes à la fin du mois de mai 2022.

Concept et mode de travail


Contrairement à de nombreuses friperies qui achètent leur stock au kilo, Julie et Anthony choisissent leurs vêtements pièce par pièce, en se déplaçant autant que possible chez leurs fournisseurs (principalement basés en France, en Italie et depuis peu aux États-Unis). « Cette méthode d’approvisionnement s’avère plus chère et plus chronophage, mais quand on achète un lot, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Par ailleurs, dénicher la crème de la crème pour notre boutique est un pur plaisir », souligne Anthony. « Nous fonctionnons au coup de cœur et sélectionnons des pièces stylées pour aider les gens vers une transition de consommation de seconde main. L’aspect environnemental a son importance dans cette démarche puisqu’il s’agit aussi de développer un rapport aux vêtements plus sain et moins enclin à la surconsommation », précise Julie.

Chez les grossistes, la répartition des rôles se fait naturellement : « Nous ouvrons les sacs et Julie se charge généralement de la partie femme. Elle a un œil très aiguisé et remarque toujours les pièces qui sortent du lot. En ce qui me concerne, je suis plus spécialisé en streetwear et outdoor. Je connais bien les marques et les produits appréciés des connaisseurs en la matière. Nous suivons tous deux les tendances et nous commençons à repérer ce qui va fonctionner ».

Après acquisition, les articles sont soigneusement remis en état, nettoyés, repassés, étiquetés, organisés et présentés en boutique où se relaient nos deux spécialistes. « Quand les gens entrent, ils nous demandent souvent si nous vendons du vintage ou du neuf car sont déroutés par le côté épuré de la boutique, aussi bien dans la décoration que sur les portants », raconte Anthony. Et si Arquívos favorise la qualité à la quantité, cela ne l’empêche pas de proposer ses articles à des prix abordables.


L’enseigne, qui a pu profiter pleinement de la saison estivale et du tourisme, commence aussi à faire du bruit parmi les lisboètes. Mais pas question pour nos deux acolytes de se reposer sur leurs acquis !
Pendant que Julie gère les achats et le paiement des factures, Anthony s’occupe de la communication sur les réseaux sociaux. « Nous sommes essentiellement présents sur Instagram (@arquivosvintage) où nous présentons nos produits mais aussi les coulisses de la boutique. Nous faisons aussi un peu d’affichage sauvage dans la ville. Le fonctionnement est toujours le même : une affiche avec un message percutant accompagné d’un QR code et une affiche avec une belle photo d’une de nos séances », explique-t-il.

Autant dire que ces deux là prennent rarement le temps de souffler. Mais ils se réjouissent de ces débuts prometteurs et n’ont jamais regretté leur choix : « On le savait déjà mais les gens ici sont tellement gentils, ouverts et accueillants. Une de nos voisines nous apporte même à manger ! Les gens, le soleil, la mer à proximité, la cuisine… Il fait vraiment bon vivre à Lisboa ».
Et puisque rien ne les arrête, ils s’apprêtent à inaugurer le sous-sol du magasin dans les jours qui viennent et songent déjà à ouvrir une deuxième boutique en 2023. Affaire à suivre…

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