Au cœur du Bairro Alto, haut lieu de la vie nocturne lisboète, un couvent baroque traverse les siècles depuis sa fondation en 1681. Miraculeusement épargné par le tremblement de terre de 1755 et l’extinction des ordres religieux en 1834, le Convento dos Cardaes héberge aujourd’hui une communauté de femmes lourdement handicapées et un musée d’Art sacré ouvert au public, à découvrir sans tarder.
Au numéro 123 de la Rua do Século, sa façade sobre et discrète en pierre blanche pourrait facilement passer inaperçue, sans cette statue nichée au-dessus de sa lourde porte en bois.
Pourtant, derrière les murs du couvent de Nossa Senhora da Conceição dos Cardaes, les sœurs dominicaines qui y résident continuent d’écrire l’une des plus belles pages de l’histoire religieuse de Lisbonne.
Fondés en 1681 par dona Luísa de Távora en l’honneur de sainte Thérèse d’Ávila, ces lieux, empreints d’un charme indicible, ont d’abord été conçus pour accueillir une communauté de l’austère Ordre des Carmélites déchaussées. Ces religieuses y vivent cloîtrées, comme en témoigne le tourniquet à l’entrée – roda, en portugais –, une petite porte rotative en bois encastrée dans le mur, qui permettait l’échange d’objets entre le monde extérieur et les Carmélites. 
L’édifice est aujourd’hui à la fois un couvent, un musée d’Art sacré, une association caritative et l’un des secrets les mieux gardés de la capitale portugaise.
UN MUSÉE D’ART SACRÉ FIGÉ DANS LE TEMPS
Dès l’entrée dans l’église, le contraste entre l’austérité de la façade et la richesse artistique de l’intérieur saisit le visiteur dont l’œil est d’abord attiré par les immenses et sublimes panneaux d’azulejos bleu et blanc qui recouvrent les murs du temple. Réalisés par le maître néerlandais Jan Van Oort au XVIIᵉ siècle (ils ont probablement été posés en 1685), ces carreaux de faïence illustrent des épisodes de la vie et des visions de sainte Thérèse d’Ávila.
Le regard se porte ensuite irrésistiblement sur les fabuleux retables en bois doré, sculptés de la main du Portugais José Rodrigues Ramalho.
D’une finesse rare, l’autel principal est un parfait exemple de ce que l’on appelle le “style national” du baroque portugais (estilo nacional), caractérisé par ses colonnes torsadées.
Parmi les œuvres figurent aussi des tableaux datant de 1740, centrés sur des scènes de la vie de la Vierge, signés António Pereira Ravasco et André Gonçalves, deux grands maîtres de la peinture religieuse baroque.
La visite se poursuit par la découverte de la sacristie, des deux cloîtres, de l’ancien réfectoire, de la magnifique salle capitulaire — la seule où la parole était autorisée pour traiter des affaires de la communauté —, d’oratoires, et d’une merveilleuse collection de pièces liturgiques et de toiles qui étaient souvent des dons des familles des novices à leur entrée dans l’Ordre du Carmel. Le mobilier d’époque, les objets anciens et les vieux manuscrits font du couvent un exceptionnel musée d’Art sacré. Mais ces lieux chargés d’histoire sont bien plus que cela.
UN REFUGE POUR FEMMES HANDICAPÉES
Pour comprendre le virage social entamé par le couvent au XIXᵉ siècle, il faut revenir en 1834, date de l’extinction des ordres religieux au Portugal. Pris dans le tourbillon des réformes libérales du pays, les ordres sont dissous et leurs biens confisqués par l’État. Des centaines de monastères se retrouvent alors dépeuplés, à l’exception des couvents féminins, où les sœurs peuvent continuer à vivre jusqu’à la mort de la dernière d’entre elles.
Mais quand l’ultime carmélite s’éteint dans l’édifice de la Rua do Século en 1876, les lieux sont subtilement transmis à une association (Associação de Nossa Senhora dos Aflitos) pour y installer un asile de femmes aveugles, lequel sera confié aux soins des sœurs dominicaines de Sainte-Catherine de Sienne.
L’activité monastique du couvent n’a donc jamais été interrompue depuis sa création au XVIIᵉ siècle — un cas exceptionnel au Portugal.
Cette communauté non cloîtrée existe toujours aujourd’hui et poursuit son œuvre sociale entre les murs épais du couvent. La mission des cinq sœurs dominicaines consiste à accueillir des femmes qui souffrent d’un très lourd handicap mental.
Trente-deux pensionnaires sont logées dans des pavillons attenants au couvent : de la plus jeune à 18 ans et la plus âgée de plus de 80 ans, déclare la Sœur Ana Maria, mère supérieure occupant les lieux depuis 50 ans. « Nous sommes leur seule famille, ajoute cette énergique octogénaire au regard vif. Elles entrent ici pour y rester à vie. » On devine derrière son sourire bienveillant toute l’affection que sœur Ana Maria porte à ses meninas. Au quotidien, celle qui se considère comme la coordinatrice des lieux gère une trentaine d’employés et la vie des pensionnaires avec trois autres religieuses et une équipe de bénévoles. 
« Chaque fois que nous le pouvons, nous organisons des activités à l’extérieur, des promenades, des déjeuners au restaurant, ainsi que des ateliers de dessin, de musique ou de peinture, explique sœur Ana Maria. Et nous faisons de la thérapie de groupe, nous résolvons beaucoup de conflits entre les filles, nous concilions avec cette bienveillance dont elle ne se départ jamais. C’est un très beau travail, très spécial, conclut la mère supérieure.” Nous y croyons sur parole.
SUIVEZ LE GUIDE… EN FRANÇAIS !
Les visites guidées sont assurées par des bénévoles qui présentent l’histoire artistique et religieuse des lieux, ainsi que la vie quotidienne des sœurs et des pensionnaires.
Tous les jeudis, la visite se fait en français, grâce à l’écrivain François Thib Laspière (autres disponibilités sur rendez-vous).
Sa remarquable connaissance du couvent fait de cette visite un moment passionnant et érudit.
Ouvert tous les jours (sauf le mardi) de 10 h à 13 h et de 14 h à 17 h.
📩 Réservations : visitas@conventodoscardaes.com
© JOHAN RICOU





