Lisbonne, capitale de l’innovation

Web Summit 2025 : Lisbonne, capitale de l’innovation Web Summit 2025 : Lisbonne, capitale de l’innovation

Portée par une stratégie municipale ambitieuse et son programme Unicorn Factory, Lisbonne s’impose comme un haut lieu de l’innovation et des start-up. Dans le sillage du Web Summit 2025 (10–13 novembre), la capitale entend confirmer sa place parmi les grandes métropoles technologiques mondiales.

Lisbonne a le vent en poupe. Sacrée capitale européenne de l’innovation par la Commission européenne en 2023, la cité attire entrepreneurs, start-up à fort potentiel et géants de la tech du monde entier, conquis par son dynamisme et ses nombreux atouts. Portée par son projet phare, Unicorn Factory, la métropole portugaise entend désormais s’affirmer dans le temps au moyen d’une stratégie coordonnée par Lourenço Jardim, conseiller à l’innovation du maire Carlos Moedas. Nous l’avons interrogé pour comprendre les clés de cette réussite et les enjeux à venir.

Pourquoi Lisbonne séduit-elle toujours plus les acteurs de la tech ? La réponse tient d’abord à une qualité de vie bien supérieure à la moyenne européenne et à une main-d’œuvre remarquablement formée. « La taille humaine de Lisbonne, c’est notre atout décisif », confirme Lourenço Jardim. « La ville offre une certaine paix sociale ; elle est sûre, accueillante. Les habitants sont chaleureux, ouverts aux étrangers », ajoute-t-il, en insistant sur un trait culturel local : la desenrasca, cette débrouillardise typiquement portugaise qui permet de trouver des solutions là où il ne semble plus y en avoir.

Quant à l’enseignement supérieur, il est réputé pour la solidité de sa formation technique. Les jeunes ingénieurs portugais apportent une compétence reconnue sur le marché, à des coûts inférieurs à ceux des autres grandes capitales européennes, même si cet écart tend à se réduire. Autant d’atouts durables renforcés par une vision ambitieuse.

De la start-up à la scale-up

La stratégie municipale repose sur une conviction : l’avenir ne se joue pas seulement sur le nombre de start-up créées, mais sur leur capacité à grandir. « En Europe, le problème n’est pas le manque de start-up, mais leur difficulté à franchir un cap, à devenir des acteurs structurants de l’économie », résume Lourenço Jardim. Pour y parvenir, la mairie a lancé le programme Unicorn Factory, dont le nom ne doit rien au hasard. Cette fabrique de licornes est un fonds dédié à la croissance de jeunes entreprises, sur le modèle du European Innovation Council de l’UE.

« L’idée est d’aider de petites start-up à se transformer en grands employeurs capables de bousculer les marchés internationaux », précise le conseiller de Carlos Moedas. Concrètement, Unicorn Factory regroupe plus de vingt programmes d’incubation et plusieurs hubs spécialisés : « un centre d’intelligence artificielle avec Microsoft, un pôle consacré aux technologies vertes avec Amazon et Critical Techworks, ou encore un hub tourné vers le gaming avec un important acteur américain », détaille celui qui murmure à l’oreille du maire.

Des résultats tangibles

Trois ans après le lancement de Unicorn Factory, les résultats sont au rendez-vous. Depuis 2022, 82 nouveaux centres technologiques ont vu le jour et le programme a attiré seize licornes internationales. « Une vraie victoire, quand on sait qu’il n’y a que sept licornes portugaises, dont une seule a son siège à Lisbonne », se félicite Lourenço Jardim. De grandes entreprises choisissent la capitale pour y implanter leurs équipes. C’est le cas du groupe de luxe Richemont, qui a ouvert son premier centre technologique hors de Suisse à Lisbonne et prévoit de créer à terme quelque 400 postes.

La mairie suit de près les retombées de sa stratégie et estime à 16 500 le nombre de nouveaux emplois dans le secteur du numérique et de l’innovation depuis 2022. Le profil recherché ? « Essentiellement des jeunes ingénieurs, pour des fonctions à forte valeur ajoutée et des salaires bien supérieurs à la moyenne, permettant à ces talents de rester vivre à Lisbonne », indique le conseiller de l’édile de Lisbonne. Un argument de poids dans une ville confrontée à une grave et profonde crise du logement.

Le risque de fracture numérique

Malgré ces résultats encourageants, l’équipe de Carlos Moedas a conscience des défis qu’il reste à relever. Notamment le risque d’une société à deux vitesses, d’une « bulle numérique » privilégiée, capable de supporter des loyers très élevés et qui contribuerait à la gentrification galopante de la capitale portugaise. Cela au détriment d’une partie des habitants, peu formés ou maîtrisant mal les outils numériques et leurs nouveaux codes. « Il s’agit d’un défi majeur, en particulier à Lisbonne où la population âgée est importante », souligne Lourenço Jardim, selon qui la solution repose sur le développement d’espaces de rencontre entre générations – les centros intergeracionais –, des lieux qui visent à favoriser la solidarité intergénérationnelle et lutter contre l’isolement des seniors. « Il en faudrait beaucoup plus, un par quartier », considère le conseiller en charge de l’innovation.

Le deuxième pilier de la réponse à cette menace de fracture réside dans la capacité de l’écosystème tech à « rendre » à Lisbonne tout ce qu’elle lui a offert : une qualité de vie remarquable et paisible, une population chaleureuse et bien formée. « Si le monde du numérique ne contribue pas à une ville équilibrée, il se coupe du reste de la société », estime Lourenço Jardim. « On le voit à San Francisco : des gratte-ciel de géants technologiques côtoient une grande pauvreté dans la rue. Ce n’est pas un modèle durable », ajoute-t-il.

C’est pour répondre à cette question que la mairie de Lisbonne a lancé, en 2024, un prix de l’innovation sociale, avec un appel à projets dans trois domaines prioritaires : l’éducation, la santé et l’immigration (accueil et intégration). « Pendant des mois, les candidats retenus ont pu tester leurs solutions dans les écoles, les maisons de retraite, les services publics. Certains ont expérimenté la réalité virtuelle avec des personnes âgées, d’autres la gamification (utilisation des mécanismes du jeu pour la transmission de compétences ou de connaissances) pour les étudiants. C’était concret, utile et porteur de sens », s’enthousiasme Lourenço Jardim.

L’enjeu du temps long

Désormais, le pari est de pérenniser l’engouement. Pour le conseiller de Carlos Moedas, pas question d’être une simple mode, un soufflé qui retombe aussitôt qu’il a gonflé. Préserver cette attractivité et éviter qu’elle ne bascule ailleurs : tel est l’enjeu. Pour cela, il faut, selon Lourenço Jardim, « une stratégie durable et cohérente, qui assure aux prochaines générations une économie dynamique, des emplois de qualité et des entreprises prêtes à rester, à croître et à en attirer d’autres ».

Dans l’innovation, le temps est essentiel. « Notre objectif est clair : faire en sorte que cette dynamique devienne une véritable politique de long terme », conclut le spécialiste. L’ambition ? « Que Lisbonne soit la ville où l’on lance des projets innovants, où on les teste et où on les développe. »

Johan Ricou

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