Pour les expatriés et voyageurs fréquents entre Lisbonne et les pays francophones, les retards à l’aéroport Humberto Delgado sont devenus coutumiers. Quelles en sont les raisons ? Pour comprendre, le Lisboète Magazine a interrogé Maxime, pilote au sein de la compagnie EasyJet depuis près de dix ans et basé à Lisbonne depuis 2018.
Pourquoi avoir choisi Lisbonne comme base ?
Cher easyJet, nous sommes libres de choisir notre base selon les disponibilités. Lisbonne m’a attiré en raison de sa qualité de vie et de sa croissance à tous les niveaux. J’ai vu la ville se transformer, devenir une plaque tournante du tourisme et de l’expatriation. Cela se ressent aussi dans notre quotidien de pilote.
Quelles sont les principales destinations que vous desservez depuis Lisbonne ?
Principalement le nord de l’Europe : Paris, Londres, Copenhague, Édimbourg… mais aussi le sud, comme le Maroc, et des liaisons domestiques vers Madère. Beaucoup de passagers viennent chercher le soleil du Portugal.
À quelle fréquence volez-vous ?
Cela dépend des réglementations propres à chaque pays. Au Portugal, la limite annuelle est de 900 heures de vol, mais en réalité, le temps de travail total est doublé car les heures au sol ne sont pas comptées. Il faut distinguer le temps de vol (flight time) du temps de service (duty time) qui inclut les temps au sol. En été, on peut atteindre 90 à 100 heures de vol par mois, contre environ 65 en hiver. Cela correspond souvent à un long aller-retour par jour ou deux courts, jusqu’à cinq jours d’affilée.
Comment le trafic a-t-il évolué à Lisbonne ces dernières années ?
Lisbonne est devenue une destination extrêmement populaire. À mon arrivée, easyJet y basait trois avions. Aujourd’hui, il y en a neuf, chacun effectuant jusqu’à huit vols par jour. jour. Cette croissance rapide est une réponse directe à la demande croissante des touristes, des expatriés, des télétravailleurs… Lisbonne attire, mais les infrastructures n’ont pas suivi la même cadence.
La saturation de l’aéroport explique-t-elle la fréquence des retards ?
Oui, c’est l’un des principaux facteurs. Lisbonne ne dispose que d’une seule piste, avec un décollage et un atterrissage par minute. C’est une capacité très limitée, surtout comparée à des aéroports comme Paris ou Londres qui ont plusieurs pistes et aérogares. Lisbonne concentre tout au même endroit, ce qui provoque des engorgements réguliers.
Les conditions météorologiques jouent-elles aussi un rôle ?
Absolument. L’aviation est très sensible à la météo. Un vent fort ou une tempête peuvent ralentir les décollages et les atterrissages et provoquer des retards en chaîne. Même si le système est bien organisé, une petite marge : en vol, on peut parfois rattraper jusqu’à 15 minutes de retard. retard. En revanche, en cas de très mauvais temps, les retards peuvent se compter en heures, et là, il n’y a plus grand-chose à faire.
Que se passe-t-il lorsque vous êtes bloqués au sol ?
Nous restons en contact constant avec la tour de contrôle pour obtenir un nouveau créneau ou adapter notre plan de vol selon l’altitude, la trajectoire ou la vitesse. Notre marge de manœuvre est très restreinte, si le créneau initial est manqué, il faut en demander un autre, ce qui peut entraîner de longues attentes.. Dans la mesure du possible, nous informons les passagers et faisons de notre mieux pour atténuer l’impact.
Qu’est-ce qu’un « créneau aérien » ?
Avant de décoller, chaque avion reçoit un horaire précis fixé par les autorités européennes du trafic aérien. C’est ce créneau qu’il doit respecter, sinon il doit attendre le suivant, ce qui peut tout retarder. À Lisbonne, par exemple, aucun vol n’est autorisé entre 1 h et 6 h du matin, ce qui limite encore les options.
Les passagers réalisent-ils la complexité de la situation ?
Pas toujours et c’est compréhensible. Ils voient l’attente, pas les contraintes techniques. Pourtant, ces retards nous affectent aussi. Nous ne sommes pas payés pendant les immobilisations au sol et cela bouleverse nos plannings. Malheureusement, les équipages sont souvent les premiers à subir la frustration des passagers.
Lisbonne a-t-elle atteint sa capacité maximale ?
Oui, l’aéroport fonctionne à pleine capacité. Des travaux sont prévus cet été pour aménager de nouvelles aires de stationnement pour les avions, mais cela risque paradoxalement de générer encore plus de retards à court terme. Le projet d’un nouvel aéroport, initialement prévu pour 2024, est repoussé à 2034. C’est un dossier complexe mêlant politique, écologie et finances.
Ces travaux auront-ils des répercussions pour les compagnies ou les passagers ?
Ces difficultés sont déjà en train d’être anticipées par les compagnies, notamment en ce qui concerne le ravitaillement en carburant. Les lignes fixes seront coupées pendant les travaux, ce qui rendra les opérations entièrement dépendantes des camions-citernes. Si l’aéroport n’en prévoit pas assez, les retards seront inévitables. Malgré les demandes des compagnies, tout dépendra des choix budgétaires. Il est probable que seules les ressources minimales soient mobilisées, ce qui risque de ralentir l’ensemble du trafic.
— EMMA SILVA




