Luís Patarrana et son entreprise “Liz Garden” sont sur le marché de la décoration florale et de l’événementiel depuis une trentaine d’années. Il témoigne d’une industrie des mariages de luxe en plein essor au Portugal auprès de la clientèle étrangère, mais qui doit encore s’imposer face à des concurrents européens féroces.
En trente ans de métier dans l’organisation de mariages au Portugal, quelles évolutions observez-vous ces dernières années ?
Le marché a beaucoup progressé, même si le Portugal n’est pas encore parmi les leaders européens. L’Italie reste clairement en tête, grâce à une stratégie bien pensée : le pays a su, par exemple, attirer des mariages de célébrités dans des lieux emblématiques comme le lac de Côme. Le Portugal n’a pas encore eu une telle publicité médiatique. Mais nous avons des arguments, et nous observons de la part des professionnels du secteur une réelle volonté d’évoluer, de s’ouvrir à l’international, et d’aller chercher des clients à l’étranger. Nous-mêmes avons déjà représenté le Portugal lors d’un salon à Londres.
Quand cet essor a-t-il réellement débuté ?
On constatait déjà un engouement pour les mariages d’étrangers au Portugal avant la pandémie. Le Covid-19 a mis le secteur à l’arrêt, mais depuis, la reprise est dynamique. Le secteur du tourisme et de l’événementiel est évidemment sensible aux crises : guerres, instabilité économique, etc. Les gens hésitent à voyager dans ces contextes difficiles. Heureusement, le Portugal a pour qualité d’être un pays paisible et sécurisé, ce qui rassure.
Justement, quels sont les atouts du Portugal sur ce marché ?
En plus de cette stabilité dont j’ai parlé, le pays offre une gastronomie et un patrimoine exceptionnels. Nous pouvons, par exemple, organiser des mariages dans des lieux somptueux comme des palais d’État, comme le Palácio de Queluz, par exemple. Il faut bien sûr respecter un certain protocole, mais même avec ces contraintes, ces lieux sont parfaits pour accueillir des mariages de luxe.

Qui sont les couples qui choisissent de se marier au Portugal ?
Principalement des Américains, Français, Allemands, Brésiliens, et certains ressortissants issus de pays du Moyen-Orient – même si cette clientèle a un profil un peu différent. Souvent, l’un des conjoints est descendant de Portugais sur la 2e, 3e, voire parfois 4e génération. Bien qu’étant totalement assimilés, ils gardent un lien émotionnel avec le Portugal qui motive ce choix. J’ai récemment organisé un mariage de Franco-Portugais dont les invités étaient majoritairement français, mais les fiancés eux tenaient à mettre en valeur les racines, à montrer le meilleur de notre savoir-faire.
Je me souviens aussi d’un mariage dans le Monastère d’Amares [Braga, région nord, ndlr] pour une famille venue d’Argentine, dont la mariée avait des origines portugaises. Son père, portugais, n’était pas revenu au pays depuis des décennies, mais tenait à organiser le mariage sur sa terre natale. Ils ont même demandé un groupe de folklore portugais pour l’animation : ils voulaient tout ce qu’il y a de plus authentique, pour montrer le Portugal à leurs invités.
Qu’en est-il des nationalités aux traditions plus éloignées, comme les pays arabes, l’Inde, ou la Chine. Quelles sont leurs attentes lorsqu’ils viennent ici ?
Pour ce qui est de la clientèle des pays du Golfe, on parle souvent de mariages de très grand luxe, très discrets – il n’est pas rare de signer des clauses de confidentialité. Ce sont parfois des familles venues d’Arabie Saoudite, du Qatar ou de Dubaï, liées à des investissements au Portugal, notamment dans l’hôtellerie. Ils apprécient la sécurité, la discrétion et l’accueil portugais.
Les mariages indiens, quant à eux, sont très spécifiques : ils durent généralement trois jours, et chaque jour a une signification particulière dans la tradition. Nous essayons de comprendre à quelle religion ils appartiennent, quels sont les rituels, les attentes.
Les mariages chinois sont généralement des grands mariages : beaucoup de membres de la communauté participent, il n’est donc pas rare de voir une liste de 700 invités. Cette clientèle est attachée à ses traditions, mais aime bien aussi avoir une touche portugaise.
Comment vous adaptez-vous aux particularités locales ?
Pour bien comprendre les standards et les attentes de chaque clientèle, nous travaillons avec des traiteurs des mêmes nationalités. Par exemple, pour les mariés brésiliens, nous sommes en contact avec un prestataire spécialisé dans les « bem-casados » (des petits gâteaux traditionnels servis dans un paquet cadeau). Ce sont ceux qui comprennent le mieux ces exigences.
En parlant de lieux d’exceptions, quelles sont les tendances ?
Il y a une demande sur les mariages en extérieur : jardins, vignobles, nature, plage… Mais il faut toujours prévoir un plan B en cas d’intempéries ou de forte chaleur, ce qui implique de tout anticiper au niveau contractuel.

Et côté animation ?
Cela peut varier en fonction de la localisation, car il faut respecter l’identité du lieu. Des endroits d’exceptions, comme le Palais de Queluz, n’autorisent par exemple que certains types de musique (du classique, des instruments à cordes). On peut intégrer des animations modernes (DJ, saxophone), mais toujours dans le respect de l’identité du cadre. Parfois, la cérémonie se fait à un endroit et la fête à un autre.
Qu’est-ce qui manque au Portugal pour aller encore plus loin ?
Une vraie vision stratégique de la part de l’État. Le tourisme du mariage est une source de revenus énorme, encore sous-estimée. Ce ne sont pas seulement les mariés qui voyagent, mais tous les invités avec : ils consomment sur place pendant au moins une semaine, ont parfois l’idée de revenir ensuite. Le pays doit disposer d’un plan d’ouverture sur l’extérieur bien plus ambitieux, s’imposer dans les salons internationaux, et affirmer son potentiel. Nous avons la qualité requise, mais ne la revendiquons pas assez. Il faut parier sur le segment de l’événementiel de luxe à l’international, et aider les plus petites entreprises à gagner des parts de marché. C’est une opportunité énorme qu’il ne faut pas rater.
Propos recueillis par Kenza Soares El Sayed
Photographies : Liz Garden




