Alors que les réglementations en vigueur exigent une bonne isolation thermique, le parc immobilier portugais compte encore une large part d’édifices à faible rendement énergétique. Décryptage de la situation et tour d’horizon des initiatives visant à soutenir les propriétaires.
Après un premier hiver passé à Lisbonne, les écharpes et les couvertures en laine deviennent les alliés de nombreux expatriés. La capitale a beau être connue pour son ensoleillement et la douceur de son climat méditerranéen, les températures peuvent frôler les 5 °C en hiver. Et à la différence d’une grande partie du parc immobilier français, les logements portugais disposent rarement de chauffage central, et les appartements anciens s’apparentent parfois à de véritables passoires thermiques. Résultat : il est courant d’avoir (très) froid chez soi.
« Comme dans beaucoup d’autres pays d’Europe du Sud, le chauffage n’a longtemps pas été une priorité dans la construction résidentielle au Portugal », analyse Laura Aelenei, chercheuse au Laboratório Nacional de Energia e Geologia (Laboratoire national d’énergie et de géologie, LNEG) à Lisbonne, spécialiste des questions d’efficacité énergétique. « Les efforts portaient plutôt sur le rafraîchissement des espaces. Mais avec l’évolution du climat, les pays du Sud commencent à prendre en compte les problématiques liées au chauffage et à l’isolation thermique, tandis que les pays du Nord cherchent à rafraîchir leurs habitations. »
Un parc immobilier ancien, loin des normes actuelles
La première réglementation portugaise sur les conditions de base des bâtiments résidentiels date de 1990. Mais ce n’est qu’en 2006 que des normes plus strictes – intégrant une bonne isolation thermique et l’installation de fenêtres à double vitrage – ont été adoptées. « Toutes les maisons construites avant cette date n’ont pas été soumises à ces exigences et sont donc beaucoup moins confortables », précise la chercheuse.
Le parc immobilier portugais est relativement ancien et de nombreux logements sont encore en décalage avec les normes environnementales actuelles. Le gouvernement lance néanmoins des programmes d’aide pour inciter les foyers à améliorer l’efficacité énergétique de leur bien. Les délais de dépôt des demandes sont souvent courts et les budgets limités, mais ces dispositifs sont régulièrement renouvelés.
Lutte contre la précarité énergétique et les équipements énergivores
Le programme Bairros+Sustentáveis (« quartiers durables ») fait partie de ces initiatives. Il cofinance les travaux de rénovation d’édifices exposés à un risque de précarité énergétique. Les opérations éligibles incluent notamment la pose de fenêtres à double vitrage de catégorie A ou supérieure, l’isolation thermique des murs et façades, l’acquisition d’une pompe à chaleur ou encore l’installation de panneaux photovoltaïques. Les municipalités et associations de propriétaires peuvent en bénéficier, à condition d’être situées dans un quartier historique ou une Área de Reabilitação Urbana (zone de réhabilitation urbaine, ARU) de la région métropolitaine de Lisbonne ou de Porto.
Le programme E-Lar subventionne pour sa part le remplacement d’équipements électroménagers énergivores – four, chauffe-eau, plaques électriques, etc. Toute personne propriétaire d’un bien au Portugal peut y prétendre. La date de clôture du dépôt des demandes, initialement fixée au 30 juin 2026, a toutefois dû être avancée au 5 octobre dernier, en raison du succès du dispositif. Mais le programme devrait reprendre fin 2025, avec une nouvelle dotation de 51,6 millions d’euros.
Qualité des constructions et habitudes de consommation
Le gouvernement a également introduit des incitations fiscales pour encourager les propriétaires à rénover leur logement.
- L’exemption de l’IMI (impôt municipal sur les biens immobiliers) pendant trois ans, renouvelable deux années supplémentaires après la fin des travaux ;
- L’exemption de l’IMT (l’impôt municipal sur les transmissions immobilières) pour l’achat d’une résidence principale nécessitant des rénovations ;
- La déduction jusqu’à 30 % des dépenses de rénovation sur l’IRS (l’impôt sur le revenu).
Ces mesures ne s’appliquent toutefois pas aux propriétés situées hors des Áreas de Reabilitação Urbana (zones de réhabilitation urbaine, ARU).
« Lorsqu’on parle de rénovation, les mesures en vigueur paraissent toujours insuffisantes, mais même les plus petites initiatives apportent quelque chose », estime Laura Aelenei. Selon la chercheuse, les solutions dites « passives », telles que le changement des fenêtres, la rénovation du toit et l’isolation des murs, sont à privilégier. Mais ces travaux ne suffisent pas à réduire les factures d’électricité ni à améliorer le confort thermique : « La qualité des habitations est une chose, les habitudes de consommation en sont une autre », rappelle la spécialiste. Au-delà des aides publiques et des certificats énergétiques, la ventilation naturelle ou encore la présence de plantes peuvent déjà faire une réelle différence sur l’humidité et la qualité de l’air intérieur – en attendant les prochains programmes en faveur de l’isolation des logements.
Christina Genet




