À Porto, un nouveau souffle pour la PMA

Au Portugal, il est possible de recourir gratuitement à la procréation médicalement assistée, mais les longues listes d’attente poussent de nombreuses personnes vers le secteur privé. À Porto, un nouveau centre public promet d’aider les couples qui rencontrent des difficultés à concevoir un enfant.

Le Portugal est reconnu en Europe pour la qualité de ses soins et l’humanité de son personnel de santé. Mais quand il s’agit d’infertilité, le pays se heurte à un défi persistant : des listes d’attente interminables et des centres publics saturés. Ces délais ont un lourd impact sur la vie de celles et ceux qui souhaitent fonder une famille. Notamment lorsqu’entrent en jeu des facteurs comme l’âge ou le nombre limité de traitements pris en charge par le Serviço Nacional de Saúde (Service national de santé, SNS), le service public de santé gratuit.

Pour de nombreuses femmes, la limite d’âge fixée à 40 ans pour accéder à la procréation médicalement assistée (PMA) rend l’attente encore plus critique. Quant aux cliniques privées, elles ne sont pas toujours une option, en raison de coûts qui peuvent aller de 4 000 à 8 000 euros, selon le traitement.

Au SNS, le délai moyen pour une première consultation en médecine de la reproduction est de 4 à 5 mois, selon la Société portugaise de médecine de la reproduction (2023). Dans le cas de la fécondation in vitro (FIV), l’une des techniques de procréation médicalement assistée les plus utilisées, l’attente avoisine les 11 mois. Lorsqu’il est nécessaire d’avoir recours à un don de gamètes, qu’il s’agisse d’ovocytes ou de spermatozoïdes, ce délai peut grimper jusqu’à trois ans. Des chiffres qui illustrent les défis du système public et l’impact sur la vie de nombreuses familles qui souhaitent bénéficier d’un traitement.

Un centre (presque) sans listes d’attente

Dans ce domaine, Porto vient de franchir une étape importante : le nouveau service de médecine de la reproduction de l’Hôpital São João, inauguré fin octobre et doté d’une infrastructure moderne, promet de réduire les délais d’attente et d’ouvrir des perspectives à celles et ceux qui rêvent d’avoir un enfant au Portugal.

S’étendant sur 650 mètres carrés et doté d’une technologie de pointe, ce service constitue une véritable mise à niveau de l’ancien espace du plus grand hôpital du nord du pays, faisant de lui le centre de PMA le plus moderne du SNS. Plus vaste, avec davantage de cabinets de consultation et un laboratoire de dernière génération, il permettra d’augmenter le nombre de personnes suivies et d’accueillir des patients venus d’autres régions.

L’investissement stratégique de l’hôpital a commencé il y a deux ans, lorsqu’une réorganisation de l’activité de l’équipe, assortie d’incitations financières pour augmenter les heures supplémentaires, a permis de mettre fin aux listes d’attente. « Pour certains traitements, nous sommes passés d’un délai de deux ans à une liste d’attente vide. Nous avons énormément progressé ! Aujourd’hui, le seul problème, que nous ne pouvons pas résoudre, concerne les cas nécessitant un don de gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes), car nous ne pouvons les demander qu’à la banque publique, dont les délais dépassent trois ans », explique la directrice clinique du service, Sónia Sousa.

Selon la responsable, ces traitements représentent moins d’un dixième de l’activité du centre. Néanmoins, « environ 400 couples sont en attente de gamètes ». Et, sur ce point, une modification législative intervenue en 2019 a aggravé un problème déjà ancien. Cette loi a en effet supprimé l’anonymat complet qui existait auparavant : tout enfant né d’un don de gamètes peut connaître l’identité du donneur à partir de 18 ans. Une évolution qui a entraîné une baisse importante du nombre de dons.

Aider le reste du pays

L’agrandissement du centre de PMA et ses nouvelles installations ne permettent pas seulement un accès plus rapide et de proximité aux traitements avancés de fertilité pour les résidents du nord du pays. Ils facilitent aussi une répartition plus équilibrée des patients entre les différentes unités du territoire. « En ce moment, beaucoup de personnes ont entendu dire que nous n’avons quasiment plus d’attente et demandent à leur médecin de famille d’être orientées ici, depuis diverses régions du pays », explique Sónia Sousa.

Toute personne résidant au Portugal, quelle que soit sa nationalité, peut avoir accès gratuitement à ces traitements à la condition de disposer d’un numéro d’utente (« usager ») du SNS. En général, les couples qui n’arrivent pas à procréer après un an de tentatives consultent leur médecin de famille. Celui-ci demande alors des examens préconceptionnels et envoie les résultats au centre de PMA de la zone de résidence. Mais les patients ont la possibilité de choisir où ils souhaitent être pris en charge – et c’est là que l’unité de Porto entre en jeu. Les résidents étrangers peuvent également y être orientés, ce qui leur garantit un accès aux traitements de fertilité du SNS, gratuits et avec des délais d’attente très réduits.

D’autres centres fonctionnent dans le reste du pays. À Lisbonne, les principaux (l’hôpital de Santa Maria, la maternité Alfredo da Costa et l’hôpital Garcia de Orta, à Almada) assurent l’accueil des patients de la région, mais désormais avec une pression moindre sur les délais, grâce à la capacité renforcée de la nouvelle unité de PMA de Porto.

Pour les résidents européens installés au Portugal, cette évolution est particulièrement importante. Beaucoup dépendent du SNS ou considèrent les services publics comme une alternative fiable et de qualité face au secteur privé, souvent financièrement hors de portée. Disposer d’un centre moderne et efficace à Porto permet non seulement de réduire les délais d’attente, mais aussi de renforcer la confiance des couples qui ont choisi de vivre au Portugal et souhaitent accéder à la PMA de manière sûre, rapide et inclusive.

Qui peut accéder à la PMA au Portugal ?

Depuis 2016, il n’est plus nécessaire d’avoir reçu un diagnostic d’infertilité pour recourir à l’assistance médicale à la procréation au Portugal. Comme en France, ces traitements sont ouverts aux couples hétérosexuels, aux couples de femmes et aux femmes seules. La PMA est prise en charge par le SNS jusqu’à l’âge limite de 40 ans, au début du traitement. Chaque femme ou couple peut avoir accès à un maximum de 6 cycles d’insémination artificielle (technique moins complexe consistant à déposer un échantillon de sperme dans l’utérus) et à 3 cycles complets de FIV/ICSI (techniques complexes de fécondation réalisées hors du corps de la femme). Dans le secteur privé, la limite d’âge est de 50 ans et le coût varie entre 4 000 et 8 000 euros.

Joana Ascensão

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