Face à la montée des troubles psychiques chez les enfants et les adolescents, de plus en plus de familles se sentent démunies. Pénurie de spécialistes, délais d’attente parfois très longs dans le public : comment s’orienter dans un système insuffisamment préparé pour répondre aux besoins en matière de santé mentale des jeunes ?
Lorsqu’un enfant commence à avoir peur d’aller à l’école, qu’un adolescent s’enferme dans sa chambre pendant des semaines, que surviennent des crises d’angoisse, des gestes auto-infligés (scarification) ou une tristesse difficile à déchiffrer, les parents finissent inévitablement par se demander : « Et maintenant ? ». La réponse devrait être simple : consulter un professionnel. Pourtant, pour de nombreuses familles, le chemin vers un spécialiste demeure tout sauf rapide. Pour obtenir un rendez-vous au sein du Service national de santé (SNS), il faut parfois attendre trois mois, même dans le cas de situations jugées prioritaires. Sans parler de toutes celles qui ne rentrent pas dans cette catégorie.
Les institutions internationales tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme sur cette crise croissante. Fin 2025, l’Organisation mondiale de la santé indiquait que, dans la Région européenne de l’OMS, un jeune sur sept vit avec un trouble de santé mentale et qu’une fille sur quatre, âgée de 15 à 19 ans, est concernée. Dans un pays où le ministère de la Santé admet ne pas disposer de données épidémiologiques actuelles sur les enfants et les adolescents, ces chiffres servent de baromètre.
« Nous avons assisté à une augmentation très significative des diagnostics d’anxiété, de troubles du neurodéveloppement – tels que l’hyperactivité et le déficit de l’attention – et de troubles du spectre autistique », explique Fernanda Salvaterra, psychologue à l’Instituto de Apoio à Criança. Dans ce contexte complexe, les familles ne savent pas toujours par où commencer.
Le parcours « naturel »
Certaines situations ne laissent aucune place au doute. Les idées ou tentatives de suicide, l’automutilation, les symptômes psychotiques ou un danger imminent pour soi-même ou pour autrui sont des motifs qui justifient de se rendre directement aux urgences pédiatriques. Mais de nombreux signaux sont subtils et s’accumulent au fil du temps : une tristesse persistante, une anxiété intense, un isolement soudain, le refus d’aller à l’école, des troubles prolongés du sommeil ou de l’appétit, ou des plaintes physiques sans cause apparente, courantes chez les adolescents stressés.
Dans ces situations, le point d’entrée est le centre de santé (centro de saúde). Le médecin de famille évalue la situation et peut orienter le jeune vers un psychologue ou un pédopsychiatre. À partir de là, on entre dans le circuit officiel du SNS, encadré par les « délais maximaux de réponse garantis » (Tempos Máximos de Resposta Garantidos, TMRG).
En pédopsychiatrie, les délais légaux sont clairs : un cas « très prioritaire » doit être traité dans les 30 jours, une situation « prioritaire » dans un délai de 60 jours et un cas « normal » dans les 150 jours. En pratique, la réalité est cependant tout autre : 41 % des hôpitaux dépassent le délai pour les situations très prioritaires, 46 % ne le respectent pas pour les situations prioritaires, et 30 % ne garantissent pas une consultation en temps utile dans les cas considérés comme « normaux ».
Lisbonne et l’Alentejo sont les régions les moins performantes. Pour les cas prioritaires, sept hôpitaux vont au-delà de trois mois d’attente. Six de ces établissements sont situés dans la région de Lisbonne. Le cas le plus sensible se trouve à Évora : dans l’unité locale de santé de l’Alentejo Central, l’attente peut dépasser neuf mois.
Dans le domaine de la psychologie, il est encore plus difficile d’obtenir une estimation des délais. Il n’y a pas de délais maximaux définis et le temps d’attente varie d’une unité à l’autre, mais on sait que, dans de nombreux cas, il est trop long. Environ 1200 professionnels exercent au sein du SNS, dont plus de 700 dans les hôpitaux et environ 250 dans les centres de santé.
Les psychologues scolaires peuvent également offrir une première écoute, bien que leur rôle ne remplace pas celui d’un clinicien. Comme l’explique Fernanda Salvaterra, « les psychologues scolaires ne sont pas préparés à un suivi direct en matière de santé mentale », mais ils jouent un rôle important dans le dépistage précoce et l’orientation. Au Portugal, ils sont cependant trop rares – un seul professionnel pour 700 élèves. À Lisbonne, le Lycée Français Charles Lepierre dispose, pour sa part, d’un psychologue scolaire.
Que faire si les délais sont trop longs ?
« Les gens attendent longtemps. Au fil des mois, ils finissent parfois par se tourner vers le privé pour obtenir une réponse plus rapide », souligne Fernanda Salvaterra. Dans le secteur privé, l’attente est réduite, voire inexistante, mais le coût est un obstacle pour les familles aux revenus les plus modestes. Une consultation coûte entre 50 et 70 euros, des montants difficiles à supporter lorsque le suivi doit être régulier.
Cette barrière économique génère des inégalités. Ceux qui peuvent payer avancent ; ceux qui ne le peuvent pas restent bloqués sur une liste d’attente – et avec leurs troubles psychiques. Pour atténuer ce problème, le gouvernement a approuvé, fin 2025, la création d’un « chèque santé mentale » permettant de recourir au secteur privé lorsque le SNS ne respecte pas les délais obligatoires, sans aucuns frais. À ce jour, ce mécanisme n’est toutefois pas encore opérationnel.
En attendant, certaines institutions parviennent à atténuer les carences du SNS. À Lisbonne, l’Institut d’aide à l’enfance et la Santa Casa da Misericórdia (institution caritative) proposent des consultations gratuites. D’autres associations ont des listes d’attente plus courtes et des coûts plus abordables. Elles ne résolvent pas tous les problèmes, mais peuvent soulager les familles – et leurs enfants – lorsqu’attendre n’est pas une option.
La pandémie de Covid-19 et les confinements ont agi comme un accélérateur des difficultés psychiques chez les jeunes : davantage de déprime chez les adolescentes et davantage de tensions ou de comportements agressifs chez les garçons – une facture que l’on règle encore aujourd’hui. En France, les chiffres sont alarmants : selon l’enquête EnCLASS 2022, publiée en 2024 par Santé publique France, 15 % des lycéens présentent un risque important de dépression et 24 % déclarent des pensées suicidaires ; 13 % des lycéens ont déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie. Côté hospitalier, les gestes auto-infligés restent particulièrement élevés chez les jeunes filles.
Joana Ascensão




