Laurent Marionnet, directeur général de la Chambre de Commerce et d’Industrie Luso-Française, dresse un état des lieux des dynamiques de recrutement de candidats francophones au Portugal, alors que le pays est en passe de devenir un nouveau centre d’innovation européen.
Les entreprises françaises sont de plus en plus présentes sur le marché du travail portugais : la France est le premier employeur étranger, devant l’Espagne. L’Hexagone figure également parmi les trois principaux investisseurs, aux côtés de l’Allemagne. Cette présence est particulièrement marquée dans des secteurs comme les services, l’industrie et les nouvelles technologies. Les francophones y sont particulièrement recherchés. Problème : ces profils font parfois défaut. Tour d’horizon des zones géographiques et des secteurs où parler français est un atout pour décrocher un emploi.
Lisboète Magazine : Quelle place occupe la France sur le marché du travail au Portugal ?
Laurent Marionnet : La France est le premier employeur étranger au Portugal, suivie de l’Espagne, l’autre grand voisin économique du pays. Elle figure aussi parmi les trois premiers investisseurs étrangers, aux côtés de l’Allemagne et de l’Espagne. Le classement peut toutefois varier d’une année sur l’autre, selon l’ampleur des investissements réalisés.
Quels secteurs recrutent le plus lorsque l’on parle français au Portugal ?
Les profils francophones sont principalement recherchés dans le secteur des services, notamment dans la relation client au sein d’entreprises comme Teleperformance ou Armatis. De grands groupes ont également implanté au Portugal une partie de leurs activités de gestion et de back-office. C’est le cas, par exemple, de BNP Paribas et d’Airbus. Au-delà des services, on observe aussi des besoins dans l’industrie et la sous-traitance mécanique, notamment pour des postes de middle management qui assurent le lien entre les équipes opérationnelles et la direction.
Dans quelles villes portugaises observe-t-on le plus d’offres ?
Dans un premier temps, les entreprises se sont majoritairement implantées à Lisbonne, puis à Porto. Aujourd’hui, on observe un mouvement vers des villes intermédiaires, souvent proches d’universités, comme Coimbra, Leiria, ou encore Fundão, où se trouve une importante unité de Capgemini. Je constate aussi un intérêt croissant pour l’Algarve, en raison de la présence de l’Université de Faro, même si ce bassin d’emploi reste relativement peu exploité.
Vous avez évoqué que la France compte parmi les principaux investisseurs au Portugal. Est-ce que ce sont surtout ces entreprises qui recrutent des francophones ?
Effectivement, les principaux employeurs de profils maîtrisant le français sont des entreprises françaises qui viennent sous-traiter au Portugal certaines activités très liées à la France. Elles ont donc d’importants besoins en candidats bilingues et recrutent parfois par centaines. Mais quand Teleperformance compte 14 000 salariés à Lisbonne, BNP Paribas entre 6 000 et 8 000, et Airbus autour de 1 000 employés, la réserve de francophones s’épuise rapidement dans un pays de la taille du Portugal. Les entreprises font actuellement face à une forte pénurie de ce type de candidats.
Quelles stratégies mettez-vous en place pour faire face à cette pénurie ?
Le programme de formation « Langue française, langue d’opportunité » est l’une des principales initiatives sur lesquelles nous travaillons activement avec l’Ambassade de France, les conseillers du commerce extérieur et l’Alliance Française. Mis en place il y a quelques années, il vise à renforcer l’enseignement du français dans les universités portugaises. Nous avons également créé un forum de l’emploi pour mettre en relation entreprises et candidats. À l’origine, c’était un salon de l’emploi présentiel, mais il est devenu 100 % numérique depuis la pandémie. Nous organisons deux éditions par an. La première a eu lieu en janvier et a réuni une vingtaine d’entreprises et 670 participants.
Est-ce que l’on connaît déjà la date de la deuxième édition 2026 du forum ?
Le forum se déroulera au cours du deuxième semestre, mais la date précise n’est pas encore fixée. Par ailleurs, nous avons publié un guide de l’emploi au Portugal, disponible sur notre site internet (www.ccilf.pt). Il est destiné à orienter les candidats et contient des informations pratiques sur l’installation et la recherche d’emploi ; il recense aussi plusieurs entreprises qui recrutent.
Comment le marché du travail francophone au Portugal pourrait-il évoluer dans les prochaines années ?
Le Portugal évolue à vitesse grand V et devient un centre d’innovation. De nouveaux secteurs d’activité émergent avec de fortes perspectives de développement. Au-delà de la question francophone, le numérique va prendre une place de plus en plus importante dans l’économie portugaise. Des centres d’innovation voient le jour, notamment dans le secteur automobile, autour de groupes comme Mercedes, BMW ou Renault. Par ailleurs, des projets se développent dans le secteur des énergies renouvelables, notamment autour de l’exploitation de l’énergie des vagues.
Propos recueillis par Christina Genet




