Le système de santé portugais peut surprendre les nouveaux arrivants : fonctionnement du service public, rôle du privé, remboursement des soins… Voici les clés pour comprendre comment être pris en charge au Portugal.
Le système de santé portugais est reconnu pour la compétence de ses professionnels et la qualité globale de sa prise en charge. Les hôpitaux publics et privés sont bien équipés, et l’accès aux spécialistes est globalement satisfaisant dans les grandes zones urbaines. Les différences avec d’autres systèmes européens tiennent plutôt à l’organisation du parcours de soins, à son accessibilité et à son mode de financement.
Privé et public, deux systèmes bien distincts
Contrairement au système français, qui repose sur une articulation entre Sécurité sociale, mutuelles et professionnels de santé, le modèle portugais fonctionne selon une séparation plus marquée entre secteur public et secteur privé.
Le secteur public repose sur le Serviço Nacional de Saúde (SNS), financé par l’impôt. Pour en bénéficier, il faut disposer d’un numéro d’identification fiscale (NIF), être inscrit auprès du centro de saúde (centre de santé) de sa zone de résidence, justificatif de domicile à l’appui. Deux identifiants sont également nécessaires : le NISS (équivalent du numéro de sécurité sociale) et le numéro d’utente (numéro d’usager). Ce dernier est indispensable pour être enregistré dans le système de santé public et accéder à son dossier médical.
Après son inscription dans un centre de santé, le patient est rattaché à un médico de família (médecin de famille), l’équivalent du médecin traitant français. Mais cette démarche peut s’avérer longue, les professionnels de santé manquant cruellement dans le public. Or les médicos de família sont la porte d’entrée du parcours de soins : ce sont eux qui orientent les patients vers des spécialistes.
Les soins prodigués dans les centros de saúde sont généralement gratuits ou peu coûteux. En contrepartie, les délais d’attente peuvent être très longs, notamment pour certains examens ou consultations spécialisées.
Dans certains cas, lorsqu’un examen ou un soin ne peut être effectué dans des délais raisonnables au sein du SNS, le patient peut être adressé à un établissement privé. La prise en charge reste alors assurée par le système public portugais et n’entraîne pas de coût supplémentaire.
Pour les personnes souhaitant consulter directement dans le privé afin d’obtenir un rendez-vous plus rapidement ou de choisir librement leur praticien, les soins sont en revanche payants. C’est là qu’interviennent les plans de santé et les assurances santé. Moyennant une cotisation mensuelle, les planos de saúde, commercialisés par des organismes privés, permettent de bénéficier de tarifs réduits auprès d’établissements partenaires. Ils ne prennent pas en charge les frais d’hospitalisation. Quant aux seguros de saúde, proposés par les compagnies d’assurance, ils fonctionnent selon un modèle plus proche des mutuelles françaises, avec des remboursements a posteriori et une couverture élargie.
Et en cas d’urgence ?
Les urgences hospitalières sont accessibles à tous, sans rendez-vous préalable, que l’on soit suivi dans le système public ou non. En cas de problème de santé aigu, le patient peut se présenter directement à l’hôpital ou être orienté via la ligne de santé publique (SNS 24), qui évalue la situation et recommande le niveau de prise en charge adapté. Une fois sur place, l’admission se fait selon un système de triage : les cas les plus graves sont traités en priorité, ce qui peut entraîner des délais d’attente importants pour les situations moins urgentes.
Dans le cadre du Serviço Nacional de Saúde (SNS), le passage aux urgences est généralement peu coûteux, avec une participation financière variable selon les situations et le profil des patients. Il peut être gratuit pour certaines catégories (enfants, femmes enceintes ou patients en situation de vulnérabilité). Le recours aux urgences privées est également possible, mais il entraîne un coût plus important, qui peut être partiellement couvert par un seguro de saúde.
Un suivi particulier pour les enfants et les femmes enceintes
Certaines catégories de la population bénéficient d’une attention particulière. Le suivi de la grossesse est assuré par le SNS, avec des consultations régulières, des examens de contrôle et l’accouchement couverts par le système public. Les enfants font eux aussi l’objet d’un accompagnement renforcé, comprenant les consultations pédiatriques, les examens courants et les programmes de vaccination. Ces publics sont considérés comme prioritaires dans le parcours de soins.
Expatrié ou touriste : qu’est-ce que cela change ?
Les expatriés peuvent également choisir de cotiser à la Caisse des Français de l’Étranger (CFE). Cette assurance volontaire, destinée aux Français vivant hors de France, permet de conserver un lien avec le système français de protection sociale. Concrètement, la CFE peut rembourser une partie des soins reçus au Portugal, qu’ils soient réalisés dans le public ou dans le privé, selon les règles de prise en charge prévues par le contrat souscrit, sur une base proche de celle de l’Assurance maladie française. Elle peut couvrir des consultations, des hospitalisations ou certains soins médicaux, mais reste souvent complétée par une assurance privée.
L’un des principaux intérêts de la CFE est d’éviter une rupture de droits lors d’un départ à l’étranger, tout en facilitant un éventuel retour en France, puisque les assurés restent affiliés au système français.
Toutefois, la CFE ne couvre pas l’intégralité des dépenses, notamment dans les systèmes de santé étrangers où les coûts peuvent varier fortement. C’est pourquoi elle est très souvent complétée par une assurance privée, afin de réduire le reste à charge, en particulier pour les soins réalisés dans le secteur privé.
Pour les touristes et les personnes en séjour temporaire provenant de pays européens, la Carte européenne d’assurance maladie (CEAM) permet de bénéficier des soins d’urgence dans les mêmes conditions que les assurés portugais. En revanche, elle ne couvre pas les soins programmés ou réalisés dans le privé ni les éventuels dépassements de frais. Certaines assurances voyage ou garanties incluses dans les cartes bancaires peuvent compléter cette couverture.
Ce qu’il faut retenir
Au Portugal, le système public permet d’accéder à des soins gratuits ou peu coûteux à condition d’effectuer les démarches nécessaires auprès du SNS. Pour ceux qui souhaitent consulter plus rapidement dans le privé, l’assurance santé reste souvent la solution privilégiée. Mieux vaut donc vérifier sa couverture avant d’avoir besoin de consulter et connaître les options disponibles.
Dimitri Robinet




