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La Companhia Nacional de Bailado, l’hommage discret à l’art de la danse

La Companhia Nacional de Bailado, l’hommage discret à l’art de la danse

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Installé au Teatro Camões, dans le quartier du Parque das Nações, le Ballet national portugais demeure méconnu des Lisboètes. Pourtant, c’est l’un des hauts lieux de la danse classique et contemporaine au Portugal. L’institution propose une programmation qui mêle reprises de grandes œuvres et créations originales, avec l’ambition d’ouvrir le ballet à de nouveaux publics. 

Fachada; CNB; Companhia Nacional De Bailado; Teatro Camões; Obras; Requalificação; Lisboa; © Hugo David 2024

Difficile d’imaginer que ce grand bâtiment cubique dressé en bordure du Tage, inondé de lumière par sa façade vitrée, abrite une compagnie nationale de ballet. Pourtant, le Teatro Camões, dans le quartier du Parque das Nações, s’impose comme une scène majeure de la danse au Portugal. 

En cet après-midi de mai, cinq duos se succèdent sur la scène, dans des registres très différents. Ils répètent en vue du Festival ao Largo, une série de représentations en plein air prévues les 17 et 19 juillet, devant le Centro Cultural de Belém. Le public pourra y apprécier plusieurs œuvres chorégraphiques incontournables, dont un extrait du Parc d’Angelin Preljocaj, figure très connue de la danse contemporaine en France. 

On est forcément touché par les figures qui s’enchaînent et par la maîtrise aussi bien artistique que physique des mouvements. Une fois sa performance achevée, l’un des danseurs laisse apparaître sa fatigue et son stress. Un moment aussi émouvant que rare : là où, devant le public, rien ne doit transparaître, la répétition révèle soudain toute l’intensité qu’exige ce type de spectacle.

O Lago Dos Cisnes; CNB; Companhia Nacional De Bailado; Director Artístico; Fernando Duarte; Ballet; Ensaio; Ensaio Palco; Pré Geral; Dança; Música; Piotr Ilitch Tchaikovski; Teatro Camões; Lisboa; Fotografias; Criação; © Hugo David 2026

Répertoire varié

Le programme du Festival ao Largo – auquel le public peut assister gratuitement – mêle œuvres contemporaines et classiques. Parmi elles : Entanglement de Wubkje Kuindersma, The Unpartnered du chorégraphe britannique Joseph Toonga, Chapter II de Miguel Ramalho, ainsi qu’une version du Lac des Cygnes signée Fernando Duarte, actuel directeur artistique de la Compagnie.

Avec cet événement, la Companhia Nacional de Bailado espère attirer de nouveaux publics. « Les programmes contemporains permettent de découvrir plusieurs styles de danse et plusieurs chorégraphes au cours d’une seule soirée », explique Maria Palma Teixeira, chargée de communication de la Compagnie. Une porte d’entrée plus accessible pour les spectateurs peu familiers de l’art du ballet.

Cette programmation illustre ce que peut être une saison de la Companhia Nacional de Bailado : un dialogue constant entre grandes œuvres et créations originales de chorégraphes portugais ou étrangers. « Nous embrassons à la fois l’héritage du répertoire classique et la manière dont les chorégraphes regardent le monde aujourd’hui », explique Maria Palma Teixeira.

Un lieu méconnu

Malgré son importance culturelle, le Teatro Camões reste méconnu de nombreux Lisboètes, qui associent souvent le ballet au seul Teatro Nacional de São Carlos, dans le quartier du Chiado. Aurélia Bellet, ancienne danseuse de l’Opéra national de Paris et chargée des répétitions au sein de la Compagnie, le constate : « Beaucoup de gens à Lisbonne ignorent encore que le Teatro Camões est la résidence du ballet national portugais. »

Nichée à l’extrémité du Parque das Nações, à proximité de l’aquarium, la salle de représentation a été imaginée pour l’Exposition universelle de 1998. Manuel Salgado en est l’auteur – architecte à qui l’on doit également le Centro Cultural de Belém et le stade du FC Porto. L’entrée du théâtre est parfois difficile à repérer, coincée dans un quartier largement dominé par les flux touristiques autour de l’Oceanário de Lisboa et les va-et-vient constants des salariés des hubs technologiques de la zone.

À ses débuts, en 1977, la Compagnie est orpheline d’un lieu de résidence fixe et se produit de manière itinérante à travers le pays. À Lisbonne, elle est alors associée au Teatro Nacional de São Carlos et à l’école de danse Victor Córdon. Ce n’est qu’en 2002 que le Ballet national s’installe définitivement au Teatro Camões, avec le soutien du ministre de la Culture de l’époque. 

Cette installation a profondément changé le fonctionnement du ballet national. « Avoir son propre théâtre change tout. Quand vous avez votre scène, votre maison, tout est plus simple », souligne Aurélia Bellet. La Compagnie fait aujourd’hui partie de l’OPART, l’organisme public de production artistique qui gère également le Teatro Nacional de São Carlos. Seul opéra du Portugal, ce dernier est l’un des plus anciens théâtres lyriques encore en activité en Europe.

La Companhia Nacional de Bailado a désormais une envergure internationale. La troupe compte 71 danseuses et danseurs venus des quatre coins du monde, du Portugal au Japon, en passant par l’Espagne, l’Italie, l’Australie, le Royaume-Uni ou encore les États-Unis. Des professeurs issus des opéras et compagnies les plus prestigieux viennent régulièrement transmettre leur savoir et leur culture artistique aux professionnels de la troupe.

Autour des artistes gravitent maîtres de ballet, répétiteurs, professeurs, pianistes, costumiers, techniciens lumière et son, ainsi que les équipes de production, qui participent chaque jour à faire vivre les lieux. Au total, près de 200 personnes travaillent quotidiennement sur les productions du Teatro Camões. 

Attirer un nouveau public

« L’avantage, c’est que l’on retrouve aujourd’hui à Lisbonne les mêmes œuvres et chorégraphes que dans les grandes capitales européennes, mais à des tarifs bien plus accessibles », note Aurélia Bellet, qui invite les familles et les néophytes à sauter le pas.

Maria Palma Teixeira insiste sur l’idée que le ballet est accessible à tous : « Ce n’est pas une question de compréhension, mais de ressenti. » Un aspect d’autant plus important dans une ville internationale comme Lisbonne où, contrairement au théâtre ou à l’opéra, la danse ne nécessite pas la maîtrise de la langue portugaise.

La Compagnie développe également de nouveaux espaces de création, comme CNB Dance Forward, un programme imaginé comme un laboratoire où les danseurs deviennent eux-mêmes créateurs. Présenté au Teatro Camões les 4 et 5 juillet, ce projet permet aux artistes de la troupe d’explorer leur potentiel de chorégraphes dans un climat de liberté artistique, de recherche et de collaboration. 

Cette édition mettra notamment en avant les créations de plusieurs danseurs de la Compagnie : Anyah Siddall, Dylan Waddell, Miguel Esteves, Patrícia Main et Tiago Amaral. Au-delà du spectacle, le programme s’accompagne de rencontres avec le public, sous la forme d’échanges entre les artistes, la direction artistique et les spectateurs, avant et après les représentations.

Dans cette volonté de transmission et de découverte, le Ballet national entretient une relation forte avec les écoles. Des ateliers sont régulièrement organisés pour les enfants et les familles autour des différents programmes. Enfin, le théâtre organise des soirées Dancing Reading Club, un club de lecture pensé comme un lieu de rencontre entre les mots et le mouvement, réservé aux personnes âgées de 16 ans et plus.

Les saisons se déroulent de septembre à juillet, avec environ huit productions. La prochaine, dont le programme sera annoncé en juillet, s’annonce particulière : elle marquera les 50 ans de la Companhia Nacional de Bailado. Pour Pedro Mascarenhas, lui aussi chargé de la communication, l’essentiel reste d’oser franchir les portes du théâtre : « On peut aimer ou ne pas aimer, mais un spectacle vivant comme la danse reste toujours une expérience à vivre. »

Dimitri Robinet

Partenaire du Lisboète magazine
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